GRAND MEDINE. Et pourtant je n’aime pas la trap.

Je n’aime pas la trap.

Cette variante du Rap, venue du Sud des USA – après nous avoir gavé jusqu’à la nausée – contaminer ce qu’il reste du Rap Français.

Je n’aime pas la trap, ses instrus qui se ressemblent tous, à grand renfort de grosses basses et de mélodies dark entêtantes.

Je n’aime pas la trap, ses flows qui se ressemblent tous, à grand renfort de punchlines à 2 Francs CFA, qui en plus d’allier le phrasé proche d’un dégueuli de lendemain de cuite au sky de mauvaise qualité, ne propose qu’une suite de mots, parfois sans rapport, censés claquer et former, tous mis ensemble une punchline.

Je n’aime pas la trap, pour l’uniformisation qu’elle donne au rap, tant dans la mélodie, que dans le texte. Le débit spécifique de ce style musical, raccourcissant les phrases au possible, conduit finalement à un appauvrissement de la qualité des textes et des thèmes abordés. Mais Brice Miclet l’explique mieux que moi ici.

Je n’aime pas la trap.

Et puis il y a eu Médine.

Et puis il a eu Grand Médine.

Et l’album Démineur.

 

Je n’aime pas la trap, mais l’Arabian Panther a rugi sur le métier.

Des instrus mêlant trap et sonorités plus conformes à l’identité musicale du Rap FR (réécoutez l’école du micro d’argent, détournement de son, mauvais oeil, et les beats d’Animals Son avant qu’ils ne fassent dans le son US), et du texte.

Du Texte.

DU TEXTE PUTAIN.

Des punchlines de malades, amenées avec talent. On retrouve sa plume éducative, violente, percutante, provocante, profonde, jouissive.

La rime frappe avec la même intensité que celle voulue dans la trap (vouloir n’étant pas toujours pouvoir); mais à l’inverse de cette dernière, Médine amène le thème, développe une idée cohérente le long du couplet, déroule et frappe.

Le morceau Grand Médine est un bijou d’égotrip à visée éducative, quand Ali X replonge les amateurs de Rap Français dans la position de l’auditeur écoutant avec admiration la langue de Kery James.

Médine à son habitude, signe plus un manifeste politique qu’un produit d’entertainment. Et pourtant, je me surprends à secouer mes bras repliés, « ma tête et mes épaules bâtant déjà la mesure ». Et pourtant je me surprends à pousser des « HA! » à la fin de chaque couplet.

Démineur est un hybride délirant. Un GROS SON, basé sur les basses et les mélodies dark de la trap, un flow saccadé, violent, où Médine survole les codes du genre; le tout porté par une écriture aussi impeccable qu’implacable. Le fond, les idées, le discours politique, sont habilement habillés de punchlines qui feront date : « ce que je suis parle tellement fort, qu’ils en oublieront ce que je dis ». HAAAAA!