Comment je suis devenue has been…

Donc, j’ai réalisé que je n’étais plus à la mode…..et toi aussi tu as dressé, un matin, ce triste constat. Ou alors tu le réaliseras bientôt, parce qu’il n’y a pas de raison que cela n’arrive qu’à moi.

Un jour, j’ai réalisé que non seulement je ne savais pas quoi mettre pour avoir l’air cool, mais je ne savais pas non plus quoi écouter, quoi lire, quoi regarder (parce que Game of Throne ne reprendra qu’après le prochain solstice de la Lune rouge en Jupiter).

Il fut un temps, j’étais au fait de toutes ces choses, ou en tout cas, je savais ce qui était à la mode dans mon microcosme socio-culturel. Mais attention, ne va pas t’imaginer que j’ai été une meuf à la pointe de la tendance ! Que nenni. J’ai toujours assumé mon statut confortable de bonne suiveuse : mes jeunes années m’ayant toujours permis d’évoluer à proximité du noyau dur, près de ceux qui dépensaient une véritable énergie à chercher LE nouveau look, LE nouveau son, LA nouvelle obsession.

Bref, mes potes(ses) étaient cools.

Je n’étais pas loin lorsque ce conciliabule a décidé qu’il fallait renoncer aux Puma Mostro parce que non, ce n’était plus possible, je traînais dans les couloirs lorsque l’Édit de Saint-Ouen a radié Booba de toutes les playlists respectables et j’étais à la photocopieuse lorsque le « wesh » ironique a été ajouté au lexique de l’intellectuel urbain.

J’aimerais te dire qu’un jour j’ai eu une révélation et que j’ai choisi de quitter le troupeau afin de trouver ma vraie identité, mon « moi » authentique. Qu’aujourd’hui, adulte, mon style est un reflet de mes expériences de femme noire, de mère, que mes goûts ont été aiguisés par mes amours et mes haines, que mes joies et mes peines m’ont ouvert les portes d’un nouvel univers d’épanouissement personnel.

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Mais. Que. Dalle.

J’aurai aimé te montrer à quel point il est plus intéressant d’ignorer la tendance, de lutter contre le comportement grégaire, de trouver ton vrai « toi », d’être au delà de la mode et du réel (lol, si tu n’as pas ri ici, tu es à la mode d’aujourd’hui et cet article ne te concerne pas, barre toi, jeune fou). J’aurai aimé être ce gourou du bon goût qui, aujourd’hui, veut que l’on soit tous tellement « nous », que l’on soit originaux et authentiques, tout en étant tellement « Instagram baddie/beardie ».

Mais je ne suis pas ce gourou.

notime
(Et j’utilise encore ce meme car #saltbae n’exprime pas le tressaillement de mon âme dans la même mesure)

Je voudrais suivre la tendance.

« Pourquoi donc? » te demandes-tu. Eh bien ! parce que cela me libère du temps et de l’espace de réflexion pour bien d’autres choses ! Toutes ces heures passées dans le questionnement devant mon dressing (“Mais que diable porterait Rihanna?”) ou à scanner les sites de streaming, j’aurais pu écrire mon deuxième roman ou finir Candy Crush (Oui. J’y joue encore. Y’a quoi ?)

J’ai envie d’avoir un look irréprochable sans avoir à y penser, sans avoir à consulter au préalable l’étendue du champ des possibles/tableaux Pinterest. Je veux me poser avec mon plateau télé et assurer à mon mec, sans l’ombre d’un doute qu’il nous FAUT regarder ce film/cette série car c’est LE film, LA série à regarder et que oui, ce moment de fiction mérite notre attention déjà branlante de parents exténués.

J’aimerais être à la mode, sans effort. Je suis pour l’uniformisation de la tendance parce que franchement j’ai autre chose à foutre que de me demander ce qui est cool cette semaine.

Il est bien là le fond du problème : merci Instaglam, Youclub et la blogosphère, la tendance change toutes les semaines ! Je commençais à peine à me Japoniser et faire le vide chez moi façon KonMari, qu’il faut maintenant que j’achète 60 plaids en pure laine de Yak afin d’être Hygge.

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Du coup, être une bonne suiveuse, foulée souple et articulation neutre, devient un 4×100 mètres relais sans équipe : dès que je commence à me relâcher, je dois repartir !

Non, j’abandonne.

Je ne suis plus à la mode.