Le savoir de l’origine en ces temps de Post-vérité

En ce jour célébrant le premier soleil du Brexit, je me trimbale dans la ville de Londres et je rencontre par hasard une rue au nom de Britannia. Et là paf, je me demande si on devrait rendre obligatoire le test ADN afin de prouver, une fois pour toute, l’incohérence de notre carte nationale d’identité ou passeport. Les récents évènements politiques et sociaux montrent un fort intérêt sur un retour au passé, un retour à la « Grandeur », un retour à l’origine. Le pire c’est quand par ignorance, plan machiavélien ou quelques phantasmes idéologiques on se met à utiliser la nationalité, pour des conquêtes xénophobes et racistes, et aussi à l’utiliser en tant que justification. Cette attention n’est pas portée sur ce que nous sommes et ce que nous serons, mais bel et bien d’où nous venons. C’est ainsi qu’en marchant la nuit dans un quartier du nord de Londres, je me suis décidé à chercher d’où nous venons tous.

L’origine de nous

D’où venons-nous? Pour essayer de répondre à cette question existentielle, nous avons mis en place l’Histoire et la Biologie. Malheureusement, l’Histoire remporte beaucoup plus de batailles et nous donne une vision généraliste de notre identité, de nos origines et de qui nous sommes. En mêlant des variables prises de façon superficielles, la définition d’un peuple, la création d’une nation et les migrations des populations (qui est le phénomène le plus vieux de cette liste). En stoppant notre approche de l’Histoire comme une science évolutive et complexe, nous avons permis à notre langage de développer les mots « étrangers », « migrants », »de souche ». Malheureusement, même avec le savoir et la connaissance qui nous entourent, ces mots, polluent de plus en plus nos écrans et nos pensées car ils sont liés à l’idée de nation et d’État. Ils sous-entendent une certaine proximité entre l’ethnicité et la nationalité qui est tout simplement fausse. Si nous acceptons de ne pas regarder les flux migratoires et l’uniformisation des nations comme des particularités récentes, nous pouvons avoir une autre lecture de l’Histoire. Nous pouvons la penser de façon plus précise, en intégrant l’architecture que nous partageons tous: ADN. Cela nous permettra de mettre à plat les questions sur la nationalité, l’ethnicité et l’identité de la nation. Qu’est-ce qu’être Français? Qu’est-ce qu’être Anglais? Qu’est-ce qu’être Allemand? À ces questions, nous devons répondre par une autre interrogation, qu’est-ce qu’être Humain?

Pour espérer, pour aller de l’avant, il faut savoir aussi d’où l’on vient – Fernand Braudel

Peut-être que si nous avions une carte claire de nos origines, nous arrêterions avec cette attache à la terre où nous sommes né? Ce monstre, ce symptôme aussi aléatoire qu’absurde qu’est la nationalité, nous arrêterions ces facéties qui me fatigue? Et toi aussi j’imagine, je l’espère!

L’origine de l’idée

La première fois que j’ai vu une publicité pour les tests ADN, c’était à l’aéroport de Los Angeles en 2007-2008. J’ai tout de suite eu ce réflexe de WTF, que seuls ceux dont la peau, le genre, la sexualité, la religion peuvent comprendre, au pire subir, et dans cet exemple précis « être les résultats de ». Connaissant un peu l’Histoire et la société états-unienne et la façon dont elle continue de traiter les populations qu’elle a ignoblement amené sur un territoire qui ne leur appartenait pas, je me suis dit que c’était un piège. Un putain de piège. Je me suis imaginé des scénarios digne d’un film de Christopher Nolan, avec des messages dans les messages du message. En gros, le fait d’avoir l’ADN de tout le monde permettrait d’éviter d’envoyer des innocents en prison ou même éviter que ces personnes bouchent nos systèmes judiciaires. Cela permettrait aussi à la population African-American de retracer ses origines – oui, ils étaient la cible de cette publicité. Mais tu imagines que si le gouvernement avait accès à toutes ces données et décidait, d’un jour à l’autre, d’exercer son pouvoir pour stigmatiser une population, et avec en plus de l’arme médiatique, il possédait une méthode scientifique qui prouverait leur point. On se retrouverait dans un livre de John Le Carré mélangé aux tactiques du FBI pour éliminer le Communisme et l’organisation des noirs pour se protéger. Un gros merdier. Un piège donc!

Il y a très longtemps pour les grandes villes, et pas si longtemps pour les villes de petites et moyennes tailles, la description basique d’un nez épatés, des cheveux crépus, d’une taille entre 1m60 et 2m30 servait à la violence étatique, représentée par le gang des hommes/femmes en bleu, à mettre des gens en taule pour rien (très bien documentés sur le Huffington Post). Il n’y avait pas assez de bonne foi du côté de cette proposition de tracer sa généalogie, et cela même si elle part d’une bonne initiative. Bon nombre d’innocents ont été acquitté depuis l’évolution de la science et des tests ADN, mais combien en sont morts, et combien en restent-ils? Il y a bien sûr les cas plus connu comme Hurricane Carter (merci Bob Dylan), mais l’association de la pensée de peuple premier mixée à une prédisposition à blâmer les populations différentes continuent de créer ce rapport de dominants/dominés et ironiquement d’aborigènes/étrangers. Ce sort n’est pas réservé seulement aux basanés états-uniens mais aussi à mes concitoyens français. Du traitement des minorités à l’embauche, jusqu’au fait de se faire demander par une agence immobilière de bloquer un an de loyer sur un compte dit « français » alors que l’on vient d’un autre département « exotique ». D’où la question, est-ce qu’être Français, c’est une couleur de peau spécifique ou une question géographique?

« Je suis Gaulliste depuis Vercingétorix »

Même si ce rapport entre l’ethnicité et l’épiderme aux États-Unis d’Amérique est un mélange de classe, de rapport social-économique, il y existe chez certains migrants européens une supériorité qui leur donnent le droit de se référer en tant que pur produit américain. Dans mon pays d’origine, la France, il existe une petite question plus subtile, la micro-agression qu’est « Mais tu viens d’où, vraiment? »

A part un imbroglio entre Charles De Gaulle, le sauveur de la France, si cher à bon nombre de partis politiques et le peuple Gaulois, dont le récit mythique a été propulsé, vulgarisé, conté dans la BD Astérix le Gaulois, cette phrase est marrante, terriblement pathétique et attristante. Là où le bât blesse, c’est quand notre ancien président Nicolas Sarkozy (quelqu’un que je trouvais très intéressant pour son dynamisme avant la campagne présidentielle de 2007) crée la généalogie-historico-droit-du-sol avec cette magnifique phrase “Lorsqu’on devient français nos ancêtres sont gaulois. AWA! NON! NOPE! NO! Lorsqu’on devient français on devient français, mais comment devient-on français? Pour moi par exemple, il n’existe pas de peuple français avant la création de l’état Français! Mais la France, est-ce une nation? Est-ce une géographie? Est-ce un peuple? D’ailleurs, les Francs qui sont à l’origine du mot sont germaniques, ce qui fout une merde pas possible pour tenir cette logique de français de souche, mais divertissez-moi quand même!

Je reste en 2017, opposé aux tests ADN stigmatisant. Pourquoi je t’ai saoulé si longtemps avant de te dire ça? C’est juste que je suis ouvert au débat, donc je vais essayer de vous convaincre en deux points comment ces tests peuvent devenir important lorsque vous recevez des amis, ou au dîner de famille.

« Mais, moi aussi je veux aussi un test ADN pour ma généalogie!”

Je pensais vous partager ma réflexion sur l’ADN et sur les origines si un jour vous avez des tendances de peuples uniques ou peuples rois. Dans tous les cas, la prise du test ADN pourra soit foutre un désordre monstre, mais surtout cela nous mettra les pieds sur terre! Pour la majorité, le référentiel, et les minorités, la prise d’ADN peut vous aider de deux façons.

Point 1: Quand vous en avez marre que vos ami(e)s épidermiquements différent(e)s clament leurs origines en disant comme moi « Alsacien, Caraïbe, quelque part en Afrique, d’Inde », fier tel Ken Jeong dans le premier Hangover. Vous pourrez dire: « moi je suis 1% (choisis ta minorité) 30% quelques chose d’autre » et puis tu fais des maths pour que mon argument soit logique. C’est un peu le cas dont je parlais précédemment des anglo-saxons états-uniens qui se vantent d’être italiens, mais irlandais à 20% et français créole 0.2%, qui parlent de « PURE AMERICAN PRODUCT » et qui oublient accessoirement que l’Amérique est un continent donc une géographie et que les Etats-Unis d’Amérique sont un peuple majoritairement composé d’immigrés et qu’ils ne sont ni les seuls immigrés et ni le peuple natif. Le pour du point 1: augmenter la vantardise. Le contre du point 1: ce test vous fera passez de référentiel normal à un questionnement perpétuel, nah mais t’es français mais d’où?

Point 2: Le Connardisme mais seulement si vous êtes un pro-brexit, pro-frexit, pro-frontière qui prône un retour à la souveraineté du peuple souverain. Prenez le test ADN comme un cadeau, une joie de retour aux sources, c’est cadeau, c’est pour vous! Il n’y a bien entendu que des points positifs dans ce cas précis, mais le plus évident est: Ça vous foutera les pieds sur terre. L’aléatoire, l’évolution et la sélection humaine n’étant qu’une invention de bobo-islamo-gauchiste-libéral-alternatif-conspirationniste, je vous conseille fortement, je vous oblige à faire ce test en recevant ce petit jet invisible sur la gauche.

Point 3: Pour les minorités, c’est sûrement important pour vous de connaître votre arbre généalogique, dont une branche a peut-être été noyée dans l’Atlantique, oubliée à cause d’un membre de votre famille qui n’était pas fréquentable. Je comprends qu’il y ait un besoin de connaitre ses origines. Pour moi, ce n’est pas dans le top 10 des choses qui m’interrogent, mais pour toi, ça peut servir. L’endroit où je suis né fait de moi ce que je suis: Oui je suis noir mais j’aime le manioc, pardon Gaston Kelman, même si je soutiens ton idée. Match nul. Oui, j’ai bien dit que c’était pour vous aider de deux façons.

Mais après, c’est quoi l’idée YPC?

Bonne question! Essentiellement, la volonté de proposer une carte d’identité (généalogique) génétique plutôt qu’une carte d’identité nationale qui est, naïvement, une volonté d’en finir avec la façon dont on cherche à expliquer la montée des extrêmes avec des problèmes socio-économiques alors que ces problèmes sont ethniques et racistes. Mais aussi, la volonté de dépasser en tant qu’espèce des questions inutiles. Et s’il vous plaît, épargnez moi avec vos phrases du type « l’argent et l’accès à l’éducation permettent de s’élever socialement et de surpasser ces problèmes ». Si je souhaitais répondre, je pourrais vous passer ce petit clip mais je préfère que le gif de Paul Mooney parle à ma place.

Pour finir cet article et pour fêter nos élections je te propose un petit sondage

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Mais pour vraiment finir cet article et pour les plus courageux d’entre vous, voici comment on devient Français. Pas en sifflant 4oo bouteilles de pinard, pas en bouffant du porc, pas en étant de confession chrétienne, pas en votant pour les effets positifs de la colonisation, pas quand on est aveuglément pro-De Gaulle.