Le Moment Klature : La fois où j’ai embouti la bagnole d’un handicapé

En lisant ce titre, vous pensez que je vais me livrer à quelque chose de gratuit…C’est pas faux. Mais à travers cette expérience, j’entends aborder de vraies questions de société…enfin plus ou moins quoi ! Le Moment Klature, c’est mon moment Végéta. La quintessence de ces moments absurdes où tu sens que l’univers cherche à te faire péter une pile et faire de toi un connard. Bref venons en à l’histoire…

Episode 1

C’était une belle journée d’été. Les pigeons se prenaient pour des tourterelles, les familles étaient de sortie, les enfants couraient, et même les gaz d’échappement avaient l’air coloré. Moi je m’étais arrêté au supermarché pour faire des courses d’appoint. J’étais en plein déménagement et la voiture était pleine à ras bord. J’ai planté là, le décor de mon histoire, je vous propose qu’on passe au présent de la narration parce que les textes au passé simple c’est relou, et que si je prends le temps de le faire et que vous ne me lisez pas je vais péter une durite.

Les courses finies je remonte en voiture avec ma donzelle, et comme je voyais que par le rétro conducteur, j’entame maladroitement une marche arrière. Après quelques instants, je sursaute en entendant un cri étrange. J’entrouvre la portière, et je vois un type chelou qui brame en gesticulant, sans déconner j’ai d’abord cru que c’était un élan. En le voyant se saisir la tête, j’ai percuté que quelque chose n’allait pas…..je descends de voiture pour constater que j’avais commis l’irréparable.

«  J’avais embouti la bagnole d’un handicapé »

Le truc c’est qu’il était mal garé en plus. Mais dans ce genre de cas, tu peux rien dire. Direct, j’ai senti les regards inquisiteurs des gens se poser sur moi. Tout le parking m’observait comme si j’étais un en-cu-lé de la pire espèce. Le genre de type qui braque sa mère pour acheter de l’héroïne ou qui bat des chiots pour le plaisir, entre deux viols de mineures. Je sentais leurs yeux me conspuer.

oj meme

Faisant fi des houuutements sourds et en bon type quasiment responsable, j’entame la discussion avec le mec, que l’on appellera Gérard (il avait vraiment une tête de Gérard). J’essaie de le rassurer et de voir si je peux régler le truc à l’amiable, mais il fait que beugler ce con. Et ça continue d’attirer les badauds. Je précise tout de suite qu’il était pas handicapé mental, il avait une jambe mal formée, ce qui doit être très pénible mais t’empêche pas non plus d’avoir une discussion, déconne pas. J’essaie de lui glisser que je peux lui filer un billet pour réparer ça et vlà que sa mère se pointe, en maugréant « grmlmel coooonstat, haahhemmmeh constat ! ». Putain mais crève la vieille ! La canicule fait jamais son travail comme il faut… Résultat des courses, on a mis 1h30 à faire le constat parce qu’elle n’en avait jamais fait et qu’elle déchiffrait chaque ligne comme si c’était des hiéroglyphes. Pendant ce temps Gérard, hochait la tête à tout ce que disait moman comme un bon gros Averell. Suite à quoi je me suis mangé un putain de malus alors qu’il avait juste le bas de caisse « un peu » enfoncé. J’aurai pu lui réparer ça avec le coup de l’eau chaude.

(la preuve)

Là où cette histoire est importante, c’est que les faits étaient absolument sans gravité. Mais comme c’était un handicapé, aux yeux de la société j’avais persécuté un être sans défense. Dans le baromètre du mal j’étais à mi-chemin entre Guy Georges, Hitler et les pizzas à l’ananas. Et là j’aimerais vraiment carrer mon gros doigt de pied dans cette hypocrisie collective. Les handicapés, qu’il ne faut surtout pas appeler handicapés parce que c’est pas « politiquement correct » comme ta grand-mère sur Aloha tube, sont des gens comme vous et moi. Avec des difficultés particulières. C’est pénible mais ils vivent avec ! Donc pas besoin de le leur rappeler à chaque seconde avec vos regards dégoulinants de fausse sollicitude. Arrêtez les regards navrés, les sourires en demi-teintes en mode «  Hey buddy, t’es un bon, j’admire ton courage d’être en vie dans ces conditions ». Ça c’est pas de la bienveillance, c’est de la merde ! En faisant ça vous leur ôtez leur dignité et leur droit à une vie normale. Si vous voulez être navré, soyez le pour votre voisin qui a voté Le Pen ou Macron, lui il a choisi son handicap. Du reste, un handicapé a les mêmes droits que tout le monde. Y compris d’être un aussi gros con que vous et moi (comme les vieux d’ailleurs, parfois c’est très con et méchant).

NDLR: Et je m’en bas complètement les goyaves que tu fasses les gros yeux, t’as même pas regardé les Jeux Paralympiques cette année espèce de raclure.